Menschen feiern, Diversity

L’égalité salariale nouveau facteur clé?

L’égalité salariale entre femmes et hommes devient un facteur clé pour les entreprises. Mais elle n’est de loin pas acquise. Par ses certificats, la Fondation EQUAL-SALARY confirme la justice salariale dans une société. Interview avec Véronique Goy Veenhuys, fondatrice de EQUAL-SALARY.

Commençons avec une question provocatrice : dans le fond, l’objectif de votre fondation serait de rendre votre travail superflu, exact ?
La fondation relève en effet un défi : notre mission est que l’égalité salariale entre femmes et hommes devienne réalité. Le jour où cette égalité sera atteinte, notre fondation sera vouée à disparaître. Investis de cette mission, nous faisons tout notre possible pour atteindre cet objectif. Il reste beaucoup à faire et bien sûr, le jour où la fondation n’aura plus lieu d’être sera un grand jour à célébrer.

En Suisse, l’égalité est ancrée dans la Constitution depuis 1981 et dans la loi sur l’égalité depuis 1996. Malgré tout, aujourd’hui encore, les femmes gagnent en moyenne 18 % de moins que les hommes pour le même travail. Cela vous énerve-t-il ?
Finalement, l’égalité salariale fait partie de ce sujet beaucoup plus vaste qu’est l’égalité en général. Ce qui est difficile pour une femme, c’est de se sentir comme un citoyen de deuxième classe. L’égalité salariale le met en évidence de manière chiffrée. Néanmoins, c’est le résultat d’une somme historique d’inégalités. Je trouve plus agaçant de voir l’inertie politique. Lorsqu’une entreprise viole les lois du travail, elle se trouve condamnée.  Par contre, la loi ne prévoit pas de sanctions si une entreprise ne respecte pas l’égalité salariale. Donc ça, oui, c’est irritant. Ce que l’on recherche ? C’est l’égalité de traitement en général.

Véronique Goy Veenhuys am Rednerpult (Foto: Johann Sauty)

Véronique Goy Veenhuys, entrepreneure sociale qui défend avec passion l’égalité salariale entre femmes et hommes, a fondée l’organisation EQUAL-SALARY à but non lucratif en 2010. C’est elle qui a inventé le concept de cette certification en 2005 et supervise son développement depuis lors.

Comment se fait-il qu’en 2020, le principe « à travail égal, salaire égal » ne soit encore qu’une utopie ?
Je ne parlerai pas d’utopie en 2020 alors que la loi sur l’égalité – même si timidement – vient de changer. L’histoire des inégalités entre femmes et hommes est une construction sociale de longue date, qui a engendré des biais profonds que nous véhiculons toutes et tous d’une manière ou d’une autre. Par conséquent, le chemin vers l’égalité est long, lent. Toutefois c’est une question cruciale qui doit être adressée de front puisqu’au-delà des individus, c’est la collectivité qui est impactée. Si une personne n’est pas payée correctement, ceci peut conduire à un certain appauvrissement. Surtout dans notre société avec de plus en plus de familles monoparentales. La différence doit alors être compensée par l’Etat, ce qui a aussi un effet sur les retraites et va donc au-delà de l’individu.

On estime souvent que c’est la faute des femmes. Qu’elles devraient négocier plus fermement. Partagez-vous cette opinion ?
Je réfute cet argument. Quand une entreprise recrute un salarié, un homme ou une femme, le budget doit être déterminé selon la politique salariale. Dans une entreprise certifiée, le salaire sera défini indépendamment du talent de négociateur du candidat. Une entreprise certifiée ne peut pas se permettre de sortir du cadre qu’elle a mis en place. Et donc, ce n’est pas la « faute des femmes ». Néanmoins, tant que la majorité des entreprises n’auront pas pris des mesures transparentes pour l’égalité salariale, que ce soit un homme ou une femme, il reste important que la personne se renseigne à combien elle a droit compte tenu du poste en question, de ses compétences, du secteur, de la région géographique, etc.

Pensez-vous que les entreprises et les employés soient suffisamment informés au sujet de l’égalité salariale ?
Peut-être pas encore. Mais avec la nouvelle loi qui entrera en vigueur en juillet 2020, cela va changer. Toutes les entreprises de plus de 100 salariés vont devoir vérifier leurs données salariales. A peu près 45 % des salariés seront touchés en Suisse à travers cette mesure. Il va donc y avoir une vraie prise de conscience collective par rapport à la problématique. Toutefois, par cette analyse salariale, on se concentrera sur les chiffres, mais la discrimination indirecte restera : les questions autour de la formation, de la promotion et de la progression salariale. Dans ce domaine, il y a encore beaucoup à améliorer.

 Vous êtes vous-même entrepreneure. Pourquoi avez-vous adopté l’égalité salariale et créé cette fondation ?
Je suis partie du constat que les sociétés qui sont bons élèves ont de la peine à convaincre leurs employés que l’égalité salariale est respectée au sein de l’entreprise, alors que les statistiques générales montrent le contraire. Je voulais leur donner un moyen de se distinguer.

Thomas Illi, Managing Director Lyreco Switzerland AG

L’égalité salariale est une question de culture. Il ne suffit pas qu’une entreprise rédige une politique adaptée pour atteindre l’égalité des salaires. Celle-ci doit être effectivement mise en œuvre par la direction.

Thomas Illi
Managing Director Lyreco Schweiz AG

Quels sont les principaux avantages d’une certification ?
Dans le climat économique actuel, il ne suffit plus de dire qu’une organisation soutient l’égalité salariale entre femmes et hommes. Il faut le prouver. Se faire certifier permet de démontrer des principes de bonne gouvernance et témoigne de la transparence. Elle permet d’accroître la capacité à attirer et retenir des talents, et plus particulièrement des talents féminins. Elle permet également d’anticiper tous risques potentiels liés à des cas d’inégalités salariales. C’est très important pour des entreprises comme Lyreco qui sont actives sur les marchés publics. Si dans le cadre d’une soumission, on demande de respecter l’égalité salariale, il est important que l’entreprise soit en mesure de le vérifier et de le prouver.

Et pourquoi se faire certifier par une organisation comme la vôtre ?
Avec une certification, on amène de la transparence et de l’objectivité avec une approche très structurée, aussi bien au niveau des chiffres qu’au niveau qualitatif et ceci en respectant la confidentialité à travers une tierce partie. Chez EQUAL-SALARY, nous avons un seul critère de validation : l’excellence. La certification EQUAL-SALARY est bien plus qu’une simple case à cocher, le processus de certification permet en effet de garantir une amélioration continue dans le temps, grâce à un contrôle des processus RH et l’engagement de la direction pour la cause de l’égalité.

En quoi Lyreco est-il exemplaire en matière d’égalité ?
Lyreco fait partie des entreprises pionnières, celles qui n’ont pas attendu que la loi les oblige à agir. En mai 2019, elle a reçu pour la deuxième fois la certification EQUAL-SALARY. Le renouvellement de la certification met en évidence l’engagement continu de Lyreco en faveur de l’égalité salariale entre femmes et hommes et souligne sa politique d’équité.

Quel est votre objectif personnel en matière d’égalité salariale pour les 5 prochaines années?
Notre objectif est d’avoir un million d’hommes et de femmes impactés par la certification EQUAL-SALARY d’ici à 5 ans. J’espère que la nouvelle loi produira ses effets, et que mes petits-enfants pourront évoluer dans un monde sans cette problématique. J’espère également que la prise de conscience de la valeur humaine suite à la crise actuelle nous permettra d’aller vers un système plus juste.

La certification EQUAL-SALARY

La certification EQUAL-SALARY est une procédure qui permet aux entreprises de vérifier et faire savoir qu’à travail égal, elles offrent un salaire égal à leur personnel féminin et masculin. Elle s’adresse aux entreprises de 50 employé-e-s ou plus (dont au moins 10 femmes) de tous les pays, de tous secteurs privés et publics, désireuses de promouvoir l’égalité salariale entre femmes et hommes.

Nous pouvons affirmer à juste titre qu’EQUAL-SALARY n’est pas une simple déclaration écrite. Aujourd’hui, ce thème est profondément ancré dans notre culture.

Thomas Illi
Managing Director Lyreco Schweiz AG

Amendement à la loi sur l’égalité entre femmes et hommes

En décembre 2018, le Parlement Suisse a adopté un amendement à la loi sur l’égalité entre femmes et hommes (LEg) qui entrera en vigueur le 1er juillet 2020 en Suisse. Cet amendement déclare que toute organisation de plus de 100 employé-e-s doit effectuer une analyse statistique de sa masse salariale selon une méthode scientifique et conforme au droit.