Black Swan auf offener See

Un regard vers l’avenir

Image source: GIM foresight

Quel impact la crise du coronavirus a-t-elle sur nos valeurs? En quoi nos espoirs, nos aspirations et nos attentes sont-ils modifiés? Quels changements vont rester, quels autres ne sont que de courte durée? C’est ce qu’a cherché à savoir l’étude «Le cygne noir COVID-19». Nina Burger, chercheuse à l’institut de futurologie GIM, nous donne un aperçu de ce que l’avenir nous réserve.

Madame Burger, quels thèmes préoccupent les gens en cette période de crise sanitaire?

Notre étude «Le cygne noir COVID-19», ainsi que de nombreuses autres études que nous menons en parallèle pour nos clients, montrent que les gens sont actuellement très préoccupés par les thématiques de la liberté et de la solidarité, mais aussi par la vulnérabilité à l’égard de leur propre santé.

 

Nos valeurs et notre attitude vont-elles changer suite à la pandémie?

L’étude en elle-même ne fait pas de pronostics à ce sujet, mais révèle des tendances dans les projections des valeurs de chacun. On voit clairement qu’en réalité, les valeurs et l’attitude sont beaucoup plus stables qu’on ne le pense. Ce qui est intéressant, c’est de regarder de plus près les nuances. On constate par exemple un plus grand besoin de liberté et de plaisir, car nous en sommes privés pour l’instant. En revanche, l’attitude à l’égard du tout numérique n’a pas vraiment changé: ce n’est pas devenu le nouveau scénario idéal.

 

 

Y a-t-il quelque chose qui va marquer durablement notre société, même après la pandémie?

La crise du coronavirus sert de catalyseur à trois grandes tendances qui marqueront la société après la pandémie: l’algorithmisation, l’anti-fragmentation et la relocalisation. L’algorithmisation, à savoir l’interaction de plus en plus automatisée et en réseau entre l’Homme et la machine, va se développer à grande vitesse. On va avoir davantage recours à des services organisés par des algorithmes, ce qui signifie que de plus en plus de tâches et de décisions vont être déléguées. On peut également s’attendre à un désir de liens plus forts au sein de la communauté. Mais il y a des contradictions: d’un côté, la société est de plus en plus fragmentée, par exemple avec les opposants aux mesures contre le coronavirus. Mais de l’autre, notre besoin d’appartenance est plus fort. L’envie de coopérer à l’international et de s’impliquer au sein de la communauté locale est grande. Beaucoup de gens prennent conscience de la nécessité de s’unir au-delà des frontières face à des problèmes majeurs tels que le changement climatique.

L’individualisme fait-il donc désormais partie du passé?

Les comportements égoïstes et isolationnistes ont tendance à être moins bien acceptés, c’est un fait. La crise a fait réfléchir beaucoup de gens. Ils font la part des choses entre ce qui est réellement important dans la vie et ce qui est accessoire. En se recentrant sur l’essentiel, de plus en plus de gens prennent conscience de ce qu’ils ont autour d’eux. Par exemple, le luxe se mesure désormais davantage en termes de belles expériences que de biens matériels.

 

Quelle importance la proximité réelle, les expériences communes et les échanges sociaux directs auront-ils dans la période post-coronavirus?

Toutes nos études révèlent un besoin ardent de proximité réelle. Les gens ont conscience que ce qui leur manque le plus, c’est d’échanger réellement les uns avec les autres. Avec les restrictions, le besoin de proximité et d’échange personnel, de communauté, de cohésion et d’expériences réelles est de plus en plus palpable.

Nina Burger, Researcherin beim Zukunftsforschungsinstitut GIM

Avec les restrictions, le besoin de proximité et d’échange personnel, de communauté, de cohésion et d’expériences réelles est de plus en plus palpable.

Nina Burger
Chef de projet senior chez GIM Suisse

Comment le coronavirus modifie-t-il les habitudes de consommation des gens?

L’utilité des produits prend une dimension de plus en plus importante. Les gens se demandent de plus en plus s’ils ont réellement besoin de telle ou telle chose. On ne va pas assister à un bouleversement total des valeurs, mais sur le court terme, les gens auront assurément envie de profiter davantage de la vie une fois la crise passée. Après avoir été privé pendant une certaine période, il est normal de vouloir se faire plaisir. Sur le long terme, cependant, cette approche plus consciente et plus sensée du plaisir va perdurer.

 

Les consommateurs seront-ils donc plus enclins à assumer leurs responsabilités et à consommer de manière durable?

On constate une ambivalence: bien qu’il y ait une volonté d’assumer ses responsabilités et de renoncer au superflu, il n’y aura pas de «bonne action» gratuite du côté des consommateurs. Les produits bio et régionaux, par exemple, vont clairement dans le sens de ce besoin, mais seulement du moment que ce mode de consommation n’implique pas de renoncer à quelque chose. Pour être prêt à payer plus, il faut des motivations supplémentaires. Pour ce qui est du shopping en ligne qui se développe de plus en plus, on constate également une contradiction entre une consommation responsable et le choix de la facilité.

 

D’après l’étude, quel est l’impact du coronavirus sur les questions liées à l’environnement et au poste de travail?

La question de la liberté revient ici aussi. Les gens souhaiteraient en avoir davantage dans leur vie professionnelle. Ils aimeraient avoir le choix entre télétravailler et se rendre au bureau – et ce, de la manière qui leur convient. On ressent un plus grand besoin de flexibilité. A l’avenir, les employeurs devront faire preuve de plus de flexibilité et de tolérance à l’égard des souhaits et exigences des collaborateurs.

 

Le télétravail est plus que jamais omniprésent. La pause avec les collègues de travail sur place revêtira-t-elle plus d’importance à l’avenir?

L’étude révèle dans tous les cas un besoin de vivre de vraies expériences et d’échanger réellement les uns avec les autres. Fondamentalement, le concept de communauté devient de plus en plus important. Même si on sait désormais que le numérique peut prendre le relais, les vrais échanges en face à face sont tout de même privilégiés. A l’avenir, les entreprises devront prendre en compte ce besoin d’appartenance.

Nina Burger, Researcherin beim Zukunftsforschungsinstitut GIM

Même si on sait désormais que le numérique peut prendre le relais, les vrais échanges en face à face sont toujours privilégiés. A l’avenir, les entreprises devront prendre en compte ce besoin d’appartenance.

Nina Burger
Chef de projet senior chez GIM Suisse

A quelles autres exigences les employeurs seront-ils confrontés à l’avenir?

La question de l’utilité de son propre travail se pose de plus en plus. On a tendance à plus se demander si ce que l’on fait sert à quelque chose. On attend des entreprises qu’elles apportent une réponse à cette question, et qu’elles se montrent authentiques. Elles doivent également être en mesure de proposer à leurs collaborateurs des solutions individuelles et flexibles. C’est une occasion pour elles de se démarquer des autres entreprises.

 

Comment les entreprises peuvent-elles s’y prendre?

Elles doivent faire preuve de créativité et répondre aux besoins de leurs collaborateurs. Elles peuvent par exemple offrir à leurs collaborateurs plus de liberté et de flexibilité en matière de télétravail, mais également leur donner les moyens nécessaires. Actuellement, le télétravail est trop souvent considéré comme une solution provisoire. C’est en proposant à ses collaborateurs une bonne infrastructure et des solutions ergonomiques, même en télétravail, que l’on se distingue des autres entreprises. Et non en offrant un abonnement à la salle de sport. Que ce soit à la maison ou sur place au bureau, les entreprises doivent favoriser les rencontres. Elles doivent offrir l’opportunité de créer une communauté à laquelle les collaborateurs peuvent s’identifier.

 

Mais alors, concrètement, comment faire?

Cette démarche est tout à fait personnelle et dépend de l’entreprise et du personnel. Une entreprise où il y a essentiellement des personnes jeunes sans enfants aura besoin d’un concept de communauté différent de celle qui emploie principalement des mères de famille. Il ne faut pas hésiter à discuter avec les collaborateurs pour savoir ce qu’ils souhaitent et de quoi ils ont besoin. On peut ensuite définir et mettre en place des mesures significatives pour renforcer le sentiment de communauté.

À propos de la personne

Nina Burger est chef de projet senior chez GIM Suisse SA. Elle réalise des études de marché et fait de la recherche sur les médias depuis 17 ans, que ce soit du côté des clients ou des instituts. Sa méthodologie repose sur l’analyse des tendances en ce qui concerne les médias, la société, la santé et l’alimentation, entre autres.

Nina Burger, Researcherin beim Zukunftsforschungsinstitut GIM
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